La fabrique lyonnaise
C’est une vieille organisation de type corporatif, née sous l’Ancien Régime, avec ses nombreux règlements dont les plus importants sont ceux de 1554, 1667 (Colbert) et 1744, destinés à normaliser et garantir la qualité des tissus de soie, mais aussi à préserver la main-mise d’une riche bourgeoisie urbaine, sur une population, dont on craint les révoltes. Cette fabrique,manufacture dispersée, comporte trois éléments :

Les négociants 

Les négociants, ou « marchands-fabricants » (entre 400 et 1000 entrepreneurs) font venir la soie, la font préparer (moulinage, teinture et ourdissage), ainsi que les dessins des tissus, qu’ils se chargeront d’écouler. Ils ne « fabriquent » pas, ils donnent ce travail à façon, selon un tarif qu’ils déterminent seuls le plus souvent. La majeure partie des négociants est installée au pied de la colline de la Croix-Rousse.

Les chefs d’ateliers ou maîtres-ouvriers

Au nombre d’environ 8000, dont la moitié à la Croix-Rousse, au sommet de l’activité au milieu du 19ème siècle. Propriétaires du matériel et parfois de l’atelier, ils travaillent et font travailler leur famille, des apprentis et compagnons, mais dépendent du “tarif” que leur octroient les négociants, et de la conjoncture économique, variable dans ce domaine de la fabrication de produits de luxe.

Le maître tisseur s’apparente davantage à un petit patron qu’à un ouvrier. C’est le maître tisseur qui discute du prix de la façon avec les fabricants. Lorsqu’ils sont d’accords, le fabricant fournit les fils de chaîne et les fils de trame nécessaires au tissage. Lorsqu’il s’agit de tissus façonnés, c’est aussi le fabricant qui fournit les cartons.

Les compagnons ou ouvriers

Au nombre de 40.000, environ, embauchés, souvent logés et nourris par le chef d’atelier et payés eux-aussi aux pièces (environ la moitié du “tarif”). Ils ont le plus souvent des conditions de travail et d’existence très rudes.